Questions à Laurent Ratineau.

 

 

Une pêche au filet, oui mais pourquoi en fait ? Pour m’aider à mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette pêche scientifique je me suis dirigé vers Laurent Ratineau (ONEMA, Chef du service départemental de l’Aude) qui a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

                    

S.L. Bonjour Laurent. Pour les jeunes de l’école de pêche j’ai mis en ligne (sur le site Internet) un mini reportage sur la pêche au filet qui s’est déroulée au lac de Jouarres dernièrement. Ca m’intéresse d’en savoir un peu plus sur cette opération et de le faire partager aux internautes qui consultent le site de l’école de pêche. Serais-tu d’accord pour répondre à quelques unes de mes interrogations ?

Laurent R.

Avec plaisir, du moins si je peux …

 

S.L. Est-ce que tu peux nous expliquer l’objectif de cette pêche au filet sur le lac ?

Laurent R.

Pour faire simple, l’ONEMA est chargé de donner la qualité d’un certain nombre de plans d’eau : Laprade, Jouarre et la Ganguise pour l’Aude. Nous nous servons du poisson pour savoir dans quel état de fonctionnement se situe ce plan d’eau. Donc nous posons des filets dans les lieux précis (en général c’est une association de profondeur et de cachettes possibles, par exemple 0 / 3m près d’une roselière) le soir à partir de 18h et nous les relevons le lendemain matin dès le levé du jour.

 

S.L. Est-ce que tu sais comment sont déterminés les lieux où sont réalisées ces pêches ? Pourquoi ces plans d’eau là en particulier ?

Laurent R.

Ce sont différents services (agence de l’eau, Direction régionale de l’Environnement, direction régionale de l’ONEMA) qui choisissent les endroits à prospecter en fonction de leur profondeur, taille, mode d’alimentation mais aussi en fonction de « l’écorégion »… et ils essayent d’avoir une représentation de chaque. Par exemple : plan d’eau naturel, inférieur à 100 ha…

De plus, dans le département de l’Aude, nous n’avons pas tant de choix que ça en plan d’eau.

 

S.L. Concernant les filets utilisés, j’ai remarqué qu’ils étaient un peu compliqués. Tu peux nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Laurent R.

Ce sont des filets maillants, c’est-à-dire que le poisson vient se « mailler » dedans. Donc il se capture tout seul, nous ne déplaçons pas le filet. L’inconvénient de ce filet, c’est que nous tuons le poisson (il se prend dans les mailles et s’étouffe). Aussi pour limiter la casse, chaque filet est constitué de plusieurs mailles, par exemple la maille de 10 millimètres, puis 27, puis 60, puis 6 …

À chaque maille correspond une taille de poisson visée. En effet, un petit poisson se fera capturer par la maille de 10 mm alors qu’une grosse brème sera prisonnière de la maille de 60 millimètres. Nous capturons ainsi plusieurs classes de tailles mais en faible quantité.

 

S.L. Sur le lac, le mercredi on les a placés à des endroits précis à l’aide du GPS. Comment détermine-t-on le nombre de filets à poser et leur emplacement.

Laurent R.

Le nombre de filets est proportionnel à la taille du plan d’eau, et au nombre de profondeurs disponibles. Nous récupérons à l’avance la forme du plan d’eau et le service qui s’occupe spécialement des plans d’eau (basé à Aix en Provence et Montpellier) positionne les filets à l’avance sur photo aérienne. Ils essayent ainsi de pêcher dans tous les milieux possibles.

 

S.L. A quelle profondeur pêchent-ils ? Et pourquoi ?

Laurent R.

Les filets font 3m de haut, donc nous pêchons par bande de 3m. Certains pêchent de 0 à 3m, d’autres de 3 à 6m (ils sont alors tenus par des flotteurs reliés par des cordes de 3m) et ainsi de suite jusqu’à la profondeur maximale du plan d’eau – 18m sur LAPRADE.

Cela nous permet de capturer un maximum d’espèce, celle de surface, celle de fond, celle entre deux eaux …

 

S.L. Au moment du démaillage un agent de l’ONEMA enregistrait toutes les données (poids et taille des poissons). J’ai vu qu’on faisait également quelques prélèvements sur les poissons. A quoi vont pouvoir servir les données et les prélèvements ?

Laurent R.

Quel œil et quelle curiosité, Stéphane !!! Rien ne t’échappe.

Nous mesurons et pesons les poissons afin de pouvoir comparer lors de chaque pêche si l’état du plan d’eau s‘améliore. Nous relevons également la taille de la maille dans laquelle le poisson a été capturé.

 

S.L. Quel prolongement y aura-t-il à cette étude ? Le lac sera-t-il à nouveau pêcher l’an prochain ?

Laurent R.

Non, le programme de l’équipe plan d’eau couvre le Languedoc Roussillon, notre région, mais également Provence Alpes Cotes d’Azur et la Corse !!! Leur planning est chargé et ils ne reviendront pêcher ces plans d’eau que dans 3 ans. D’ici là, nous recevrons leur résultat, la fédération de pêche aussi, et chacun dans son domaine nous oeuvrerons pour que la qualité de ce plan d’eau se maintienne et même s’améliore.

 

S.L. Est-ce qu’il sera possible d’avoir accès à ces données pour pouvoir les mettre en ligne dans le cadre de ce petit reportage ?

Mais oui, la Fédération de pêche les recevra en même tant que nous.

 

S.L. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose pour les jeunes de l’école de pêche, une information supplémentaire ou autre chose ?

Laurent R.

Je pense qu’avec un minimum d’organisation, vous pourriez venir nous aider lors de la prochaine campagne de pêche sur la Ganguise par exemple pour celles et ceux qui le souhaitent.

 

S.L. Ca c’est une très bonne idée, j’en prends bonne note. Merci Laurent d’avoir pris un peu de temps pour permettre aux internautes (pêcheurs ou non) d’avoir toutes les informations sur cette pêche. Tu me reverras sûrement  bientôt car j’aimerais bien que les jeunes puissent identifier les rôles et missions de l’ONEMA, ça pourra peut-être faire l’objet d’un autre petit reportage à portée éducative ! A bientôt.

Laurent R.

Avec joie et à bientôt alors …

 

FIN.